Un bain de soleil

Mahmoud a compris.  Déstabilisé en apprenant que nous étions retournés à Karnak en taxi hier après-midi, il a organisé une voiture pour nous conduire dès 7h au temple de Louxor.  Gervais et moi faisons partie de la folle virée, Éric préfère prendre son temps pour déjeuner.  On est libres! 

De si bon matin, nous sommes les seules âmes qui vivent à Luxor.  Pourtant, le spectacle du lever du soleil sur le temple est magique, surtout quand le site nous appartient.  Même la mosquée se tient tranquille, comme si tout avait eté organisé pour nous permettre d'apprécier Louxor à sa juste valeur.  Le colosse de Ramsès II fait un bain de soleil qui dure à peine 10 minutes.  Quelques minutes plus tard, le soleil se braque sur ses genoux.  C'est l'heure où le premier groupe arrive, l'instant magique s'arrête, mais la machine à souvenirs a tout enregistré.  Dernier regard sur l'obélisque de 25 mètres et l'allée des sphinx qui, en pleine rénovation, fera bientôt à nouveau tout le chemin jusqu'à Karnak.

Je décoche une petite flèche à Mahmoud en montant dans la voiture : Louxor, c'est le matin et Karnak, en fin de journée.  Point!

Depuis que je suis dans la Haute-Égypte (le sud), je ne regarde plus la météo.  Les nuages ne semblent pas exister ici, le ciel est toujours bleu.  Un coin de paradis pour moi, angoissé par les ciels gris.

Mahmoud a organisé la journée en fonction de la position du soleil.  On se sent un peu comme des anciens Égyptiens qui vénèrent le soleil ou des maudits haïssables, c'est selon.

Le temple de Ramsès III (Medinet Habu) est gravé de scènes guerrières à l'extérieur (normal), mais également à l'intérieur (inusité car on réservait ces parois pour des scènes religieuses et pacifiques).  On y apprend notamment la façon de compter les morts lors des batailles : on coupe une main, puis on coupe l'autre main pour contre-vérifier le premier compte de mains, ce qui donne le nombre de morts.  Cependant pour savoir combien d'étrangers ont péri, on leur coupe le phallus et on compte le nombre de sexes non circoncis.  Je ne l'invente pas, cette formule presque mathématique est gravée explicitement sur le temple.  Aucun doute possible sur la façon de faire!

On reste dans le thème phallique au Ramesseum, accueillis par le sexe aux dimensions pharaoniques du dieu de la fertilité Min qui a de quoi donner des complexes à n'importe quel homme.  À notre départ,  un touriste barbu est en train de faire une série de selfies avec la tête tombée d'un des quatre colosses de Ramsès II.  Pourquoi ?

Les personnages importants dans l'entourage du pharaon étaient enterrés dans la Vallée des Nobles, tout près de la Vallée des Rois.  Personne ne semble visiter ces tombes oubliées dont la beauté est à couper le souffle.  Le défunt est habituellement peint dans plusieurs scènes de la vie quotidienne avec ses épouses ou ses enfants.  Ces images domestiques sont mélangées aux images divines traditionnelles formant un ensemble à dimension humaine, un regard sur la vie des gens il y a 3 500 ans.  Toutes les surfaces sont peintes et les couleurs souvent restées vives et riches.  Les plafonds sont décorés de formes géométriques rappelant les tapis kilim.  Dans la tombe de Sennefer, maire de Thèbes, l'artiste a ingénieusement profité du relief de la tombe creusée dans le calcaire pour y dessiner des vignes plus vraies que nature.

Je profite des derniers instants de calme au bord du Nil pour admirer le coucher de soleil derrière les collines thébaines.

2 commentaires:

  1. "Machine à souvenirs", j'aime bien cette expression! Elle doit bien commencer à être saturée cette belle machine...
    Je ne crains pas pour ton sens de l'émerveillement, il semble infatigable.

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  2. Drôle de manière de compter les victimes de guerre à l'époque!

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