Anne m'avait averti : Alexandrie, c'est loin et ça ne vaut pas la peine. Elle y avait eu la pire gastro de sa vie après avoir dégusté des figues investées de bactéries E.coli, alors son opinion m'apparaissait pour le moins biaisée. Il faut pourtant avouer qu'elle avait bien raison.
L'agence ne nous a pas averti que notre vol prévu à 6h05 avait été changé pour 6h45. Un 40 minutes de plus qui aurait pu nous permettre de dormir passé 4h du matin. Il a fallu plutôt se réveiller brutalement à 3h25 pour finalement poireauter à l'aéroport de Luxor, car notre vol a en plus été reporté de 30 minutes. Arrivée tardive au Caire, départ tardif pour Alexandrie qui est à environ à 2h30 de route.
La légendaire bibliothèque d'Alexandrie a brûlé depuis belle lurette (48 avant Jésus-Christ) et sa collection de 900 000 papyrus (sept papyrus équivalent à un livre de 250 à 300 pages) est à jamais réduite en cendres. On peut en dire autant de la grandeur d'Alexandrie. Capitale fondée par Alexandre le Grand et habitée par la reine d'Égypte elle-même Cléopâtre, son passé est un mélange de cultures qui la rendait plus européenne qu'égyptienne. Grecs, Italiens, Français ou Juifs ont tous contribué au métissage qui caractérisait Alexandrie jusqu'à récemment. L'ouverture d'esprit et les mini-jupes ont définitivement disparu. Alexandrie entre dans le même moule que les autres grandes villes arabo-mulsulmanes et ressemble de plus en plus au Caire, la mer Mediterranée en prime.
Sur l'ancien site de la bibliothèque, une grande bibliothèque moderne a été achevée en 2002. Son architecture est ancrée dans les racines egyptiennes : sa forme ronde rappelle le disque solaire, ses poutres des colonnes à chapiteaux, ses fenêtres des yeux avec des cils. L'extérieur est gravé de lettres et de chiffres provenant de langues mortes ou vivantes à l'image d'un temple pharaonique. La nouvelle bibliothèque multiplie les partenariats internationaux visant la diffusion de la culture.
Les catacombes gréco-romains sont au centre de la ville et il faut traverser un souk animé pour y parvenir. La voiture fait son chemin entre les petites culottes, les couvertures en polar et les tapis fleuris pour arriver aux tombes qui datent de 2000 ans. Uniques au monde, ces tombes présentent un joyeux bouillon des cultures grecque, romaine et egyptienne. Le dieu anubis revêtu d'une tunique sous une frise décorée de raisins a un air frisant le ridicule dans ce caveau humide et sinistre, qu'une pompe protège de l'eau qui monte du sol.
Gervais ne parle plus depuis un bon moment. Éric et moi pouvons sauter un repas sans en faire un plat, mais Gervais semble se demander ce qu'il fait à Alexandrie le ventre vide. Il a même cessé les photos, l'heure est grave. Nos guides sont exigeants. Quand je dis à Mohamed que Gervais va s'évanouir s'il ne mange pas, il me répond que la citadelle ferme à 16h et qu'il faut faire vite. Datée du 15e siècle, le fort Qaytbay a plutôt des allures de château en légos. Si rutilant, c'est à se demander si le nombre de pierres originales dépassent celles ajoutées pour le rénover. Sa position sur le bord de la Méditerranée est agréable.
Alexandrie n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a été, et ses habitants semblent désormais avoir fermé la porte aux étrangers. Mohamed tente de nous trouver des toilettes, mais tout le monde à qui il demande refuse. Un proprio accepte enfin et, quand je monte a l'étage par un escalier qui semble avoir été soufflé par un bombardement, je découvre dans un coin une assiette pleine de croûtes mouillées en putréfaction et un étrange personnage tout au fond de la pièce. J'imagine l'état des toilettes et je redescends aussitôt. Je veux m'en aller!
Cerise sur le gâteau, un embouteillage monstre nous bloque la sortie d'Alexandrie. Déjà épuisés par la journée qui a commencé beaucoup trop tôt, on se demande à quelle heure nous arriverons au Caire. La réponse est 20h30, donc 4 heures après le départ d'Alexandrie. Gervais, affamé, me reluque dangereusement le bras. Je lui donne des noix pour éviter le pire!
Nous sommes accueillis au Fairmont Nile City par un préposé qui rit de nous parce que nous voulons partager une chambre à trois. Il change d'air quand il voit que nous sommes membre du club Fairmont et nous conduit à un comptoir réservé. Pour couronner tous nos efforts de la journée peut-être, on nous offre la suite deluxe au 17e étage qui est de loin la chambre la plus luxueuse que nous ayons obtenue à vie. On reprend des forces devant quelques sushis à l'élégant restaurant Saïgon de l'hôtel avant de tomber endormis dans notre appartement pharaonique.
Dure journée pour vous. Heuresement que vos photos et vidéos sur facebook sont rassurantes.
RépondreEffacerÀ part la Bibliothèque et les toilettes de notre chambre au Sofitel, j'ai peu de souvenirs d'Alexandrie. Ton récit me rappelle les impressions qui me sont restées: une ville sale et sans âme, à la circulation infernale et dont l'histoire est depuis longtemps effacée.
RépondreEffacerLa prochaine fois, écoute donc ta mère!