Le MS Royal Lily est parti aux petites heures du matin en direction du temple de Kom Ombo. La visite commence vers les 8h. Déjà beaucoup de groupes occupent le site, les bateaux voguant sur le Nil y faisant tous un arrêt, les uns à la suite des autres, pour une courte heure. Il faut donc se presser, le temps file à toute vitesse avec les explications de notre guide Mahmoud et les photos sur lesquelles on cherche à éviter les japonaises masquées et habillées pour une expédition à la conquête de l'Éverest.
Le temple de Kom Ombo, gréco-romain, a ceci de particulier qu'il est dédié à deux divinités : Sobek le dieu à tête de crocodile et Horus le Grand à l'apparence de faucon. Toutes les salles sont donc doublées, chaque espace étant réservé à l'un des dieux. Dans le saint des saints, l'espace sacré encore une fois en double, Horus le Grand d'un côté accueille Sobek qui lui rend la pareille de l'autre côté. Un musée présente des dizaines de crocodiles momifiés retrouvés sur le site, une curiosité que nous traversons au pas de course. Même après plus de deux semaines ici, nous croyons encore que le bateau partira à l'heure dite...
De retour sur le bateau, je prends mes quartiers sur le pont supérieur et, zoom en mains en alternant entre babord et tribord, je documente la vie des Égyptiens aux abords du Nil. Les rives luxuriantes qui se transforment abruptement en dunes de sable témoignent de l'importance du fleuve pour le pays, véritable source de vie dans ce grand désert qu'est l'Égypte. Je ne me lasse pas d'observer les pêcheurs, les agriculteurs, les éleveurs et les ouvriers, mais surtout les enfants qui courent pour saluer les bateaux de croisière se suivant à la queue leu leu sur le Nil.
Le temple d'Edfou date de l'époque ptolémaïque, soit environ 200 avant Jésus-Christ. Pour s'y rendre, il faut traverser en calèche la ville du même nom où l'on croirait que le temps s'est arrêté au moment même de la création du temple si ce n'était des boutiques Vodafone et des publicités de Coca-cola. Gervais panique un peu a l'idée de monter à 3 derrière la petite cariole, probablement par pitié pour le cheval décharné qui devra 5 personnes avec le guide et le cocher.
Edfou ressemble à s'y méprendre au temple de Philae, mais a été beaucoup mieux préservé. Dédié à Horus, il est encore possible de voir, dans le saint des saints, le naos qui abritait à l'époque la statue du dieu-faucon. Dans ces temples gréco-romains, le peuple ne pouvait pénétrer dans l'espace sacré. Un couloir leur permettait de circuler autour du saint des saints, emmuré, d'où le grand prêtre se faisait entendre comme s'il était le dieu lui-même.
Le Horus d'Edfou était l'époux de Hathor à qui le temple de Dendéra, que nous visiterons plus tard, était consacré. Chaque année, à la crue du Nil, une procession imitait le voyage fluvial de Hathor qui rendait visite à Horus pour passer quelques nuits d'amour passionnées, symbolisant la fertilité retrouvée et la prospérité de l'année agricole.
Il y a des parallèles étonnants à faire entre le christianisme et le culte pharaonique. Isis, la plus vénérée des déesses, a perdu son mari Osiris tué par son frère Seth (l'histoire des 14 morceaux...) et a enfanté seule le dieu Horus pour former la triade la plus célèbre de toute l'Égypte, jetant les bases de la naissance de Jésus (Horus), de Joseph, papa absent (Osiris) et de la Vierge Marie (Isis). Si vous croyez que les catholiques ont tout compris le jour où le p'tit Jésus est né dans une étable, détrompez-vous, on n'a rien inventé!
Les antiquités qui ont jusqu'à 4500 ans en Égypte méritent un certain respect, vous en conviendrez. De voir des touristes (Ahh...les Japonais!!!) grimper sur des colonnes, s'agripper à la statue de Horus pour une photo de groupe en imitant le faucon ou monter sur un faucon au nez cassé pour un selfie instané est pour le moins désolant. Le pire étant qu'en donnant un bakchich, on peut tout faire ou presque!
La police militaire semblant se préparer à quelque chose à Edfou, je retrouve le bateau avec soulagement et j'observe de la grande fenêtre de la cabine l'activité qu'engendre l'arrivée d'un bateau de croisière. Les enfants qui quêtent, la négociation des prix pour louer une calèche, les pêcheurs qui attrapent des carpes juste sous notre bateau, les militaires armés jusqu'aux dents qui font la loi. Un ballet répété mille fois déjà.
Nous sommes très satisfaits de la croisière. Les repas sous forme de buffet sont toujours très bons et le service prompt et efficace. L'accent a été mis sur la qualité, le look du bateau passant bien en second. Le groupe le plus important est américain et je me fais un plaisir d'observer leurs faits et gestes. À un préposé qui passe pour changer les serviettes en fin de journée, une dame demande du papier de toilette. Il lui en tend un rouleau, ce à quoi elle répond que ça ne suffira pas. Le régime égyptien semble nous avoir épargné, ce n'est pas le cas de tout le monde. Au souper, les gens sont invités à revêtir la djellaba. Nous regardons, amusés, les américaines jouer à Cléopâtre qui était plus réputée pour son nez que ses doubles mentons, si je ne me trompe.
Les touristes semblent avoir tous les droits parce qu'ils se savent rares. Il y en a qui auraient avantage à se documenter un peu plus sur leur destination, histoire de parcourir le pays qu'ils visitent avec plus de "profondeur".
RépondreEffacerTa finale m'a fait sourire...