Vieux comme le monde

Les touristes n'ont habituellement pas le droit d'emprunter la route du désert pour se rendre dans la province de Sohag où sont conservés les vestiges du temple de Séthi 1er, Abydos.  Mais devinez par quel chemin nous passerons...?  La route du désert, bien sûr, moyennant un arrêt par la police militaire, une discussion animée et, fort probablement, un bon bakchich.  Le guide nous dit que les policiers sont trop lâches et ne veulent pas surveiller ce passage.  Rassurant!  Ils n'ont peut-être pas tort, la route n'est pas toujours belle et nous traversons des villages moyenâgeux qui font passer Amqui pour une mégalopole trépidante.  Mahmoud nous encourage en disant qu'on économise ainsi beaucoup de temps.

Mis à part quelques enfants qui jouent dans le dépotoir sur le côté du site et les vendeurs de cossins habituels, il n'y a pas un chat qui visite Abydos ce matin.  Pas même une Japonaise revêtue d'une tunique égyptienne en vue.  À environ 2h30 de Luxor, Adydos ne fait pas partie du circuit touristique standard.  À première vue, le temple ne paie pas de mine, mais il renferme certaines des décorations les plus fastes que nous avons pu admirer en Égypte.  Lieu de culte du dieu Osiris, sa tête (souvenez-vous de l'histoire des 14 morceaux!) aurait été retrouvée ici et conservée dans un reliquaire que des pèlerins de toute l'Égypte venaient visiter.  Le sanctuaire ne contient pas moins de sept chapelles dont 3 sont particulièrement magnifiques et incroyablement ornementées et colorées.  La salle hypostyle (salle des colonnes) laisse entrer des rayons de lumière par des ouvertures pratiquées sur les murs et le plafond qu'on s'amuse à attraper.  Le calme de l'endroit est une bénédiction après les sites pris d'assaut par les touristes des derniers jours.

Le temple de Dendéra est tout aussi désert.  Construction tardive gréco-romaine, le temple datant du début de notre ère est dédiée à Hathor, déesse de l'amour.  Les chapiteaux de colonnes à l'éfigie de la déesse-vache sont des phantasmagories toujours aussi étonnantes suivies de près par le joufflu Bès, dieu-nain qui protège les femmes en couche.  Nous descendons même à la crypte dont le seul intérêt réside finalement dans les contorsions qu'il faut exercer pour y accéder.  Derrière le temple, la seule illustration de Cléopâtre VII encore intacte.  La suite appartient à l'histoire.

Après les bleus de Véronèse (seule Anne peut la comprendre celle-là) il y aura maintenant les bleus de Dendéra.  Une somptueuse palette de bleus allant du bleu poudre au bleu foncé égaie le plafond de la salle hypostyle.  Nout est visible de part et d'autre de la pièce haute de 15 mètres, accompagnée ça et là des 12 signes astrologiques, symboles vieux comme le monde.  Entre les colonnes, des détails magnifiques décorent le plafond avec tous les classiques de l'imaginaire de l'Ancienne Égypte dont l'oeil d'Horus, des divinités ailées, le disque solaire, la clef de vie.  Un véritable chef d'oeuvre que je photographie inlassablement.

Mahmoud a réussi tout un exploit : faire sauter le dîner à Gervais.  On se rend compte vers 14h30 que nous n'avons rien mangé depuis le matin à 6h30.  Le guide nous offre des chips et des boissons que nous prenons sur la route du retour.  Gervais aurait bien voulu accompagner Mahmoud dans l'achat des virtuailles, mais il est capable de traverser la rue tellement il y a de voitures qui passent devant le dépanneur.  Oublions la route désertique cette fois, on remonte le Nil sur "l'autoroute" (laissez-moi rire) avec un garde armé à chaque intersection.  Nous arrivons un peu las à l'hôtel Hilton de Luxor où nous prenons le souper au Silk Road, le cou endolori d'avoir trop admiré le plafond de Dendéra.

1 commentaire:

  1. Amqui, une mégalopole trépidante...tu y vas fort dans les comparaisons😁 ça nous donne une bonne idée par où vous avez dû passer...

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