Le sable du Sahara est partout à Siwa. Sur mon cellulaire quand je me réveille le matin, dans les draps quand je me couche le soir, sur la terrasse de l'hôtel qu'il faut balayer quotidiennement, sur les routes qui mènent ici impérativement vers le désert, sur ma peau et mes lèvres, dans le pisé dont sont faits les murs de notre lodge, dans l'âme du peuple de l'oasis de Siwa et, ce soir, dans mes souliers, en quantité impressionnante et, pour toujours , dans mon coeur et mes souvenirs.
La météo annonce des nuages, alors je suis prêt à vivre une déception. Les dunes sans soleil, c'est comme l'Égypte sans pyramides. Le 4x4 passe nous prendre à 10h30. On tourne un peu en rond, car il faut obtenir le fameux permis pour aller au désert. On passe le temps en chassant les mouches attirées par notre café turc. Elle sont non seulement légion, mais, en plus, elle mordent! Je suis couvert de piqûres, qui me réveillent la nuit.
Ce n'est jamais simple en Égypte, encore moins à Siwa, contrôlée par l'armée. On se rend en premier à l'hôtel de ville (genre!) et ensuite on traverse la ville de 30 000 habitants pour gagner les quartiers des services secrets militaires pour récupérer le permis. On l'obtient tard, car le colonel faisait la grasse matinée! Direction, enfin, le désert lybique!
Sahara, nous apprend notre guide Mohamed, signifie désert. N'empêche, le désert lybique qui parcourt l'Égypte est une partie du désert que nous appelons, nous, Sahara. Je n'ai pas visité tant de déserts dans ma vie, mais celui-ci correspond en tout point à l'image que nous nous faisons du Sahara. Une étendue de sable à perte de vue, des dunes qui semblent se mouvoir au gré du vent léger, striées comme l'est la plage par la mer. Une beauté aride et envoûtante. En prime, il y a beacoup plus de soleil que de nuages, ces derniers étant juste assez nombreux pour faire joli. On degonfle un peu les pneus et nous sommes prêts pour le désert.
Mon idée était de se balader en 4x4 en arrêtant pour prendre des photos à l'occasion. Mais j'avais omis la portion "aventure" de l'excursion. Musique lybienne au rythme dansant, notre conducteur berbère augmente le volume, déjà élevé, et nous donne des émotions fortes que les manèges de Disney n'égalent même pas. Il accélère pour grimper tout en haut d'une dune, et la redescend pratiquement à 90 degrés pendant que nous rions et hurlons. Il surfe sur la crête de la dune, maintenue par une quelconque loi de la physique que je n'ai pas retenue. Il désactive le mode "4 roues motrices" et s'amuse à faire des demi-cercles dans le sable, nous secouant derrière d'un côté à l'autre comme de vulgaires marchandises. Quand la musique monte, on sait qu'une sensation extrême s'en vient. Des fois, la manoeuvre me semble tellement impossible que je cris Non, non, non!, mais le guide crie Oui, oui, oui! et on se retrouve suspendu à regarder une pente si raide que la voiture pourrait basculer. Mais ça n'arrive jamais, bien entendu. Ce n'est pas le jeu des montagnes russes qui me donne mal au coeur, mais la forte odeur d'essence que la voiture dégage après une énième pirouette.
Le dîner est pris dans un oasis où coule une source chaude. Moment de calme plus que bienvenu. Quand on termine le repas (thon, fromage, pain pita, fruits), quatre 4x4 débarquent avec à leur bord un couple de jeunes Québécois. On se rend ensuite au lac, dont l'eau est froide, et dans lequel nagent des poissons que le guide attire avec des miettes de pita. Nous, on préfère marcher dans le sable, avec l'effort considérable que cela implique, en quête de dunes belles à photographier.
En fin de journée, nous nous installons sur une dune pour assister au coucher du soleil. Il semble que nous soyons trop près d'un groupe de femmes, leur guide nous demande de nous éloigner un peu, ce qui provoque une petite chicane entre notre guide et notre chauffeur, le premier n'étant pas d'accord de se déplacer, le second obéissant aussitôt à la demande particulière. Toute la mentalité du pays, et ses débats profonds, dans un episode anodin qui survient au beau milieu du désert. Je m'essaie au sand surfing avec peu de succès. Et c'est si dur de remonter la dune que je préfère me laisser tomber.
Passage rapide en ville pour acheter de l'huile d'olive fabriquée à Siwa. J'ai oublié de dire que le matin, nous avons acheté une couverture en laine de mouton à un prix dérisoire, le défi étant de lui trouver une place dans la valise. Le cuisinier marocain de l'hôtel nous attend avec une tajine de poulet aux tomates confites et un soufflé au chocolat. Un régal pris à la belle étoile sous le seul regard de la lune.
Je m'endors après avoir soufflé la bougie et secoué le sable sur mon oreiller.






Bon ça valait la peine finalement, ce petit détour de 20 heures!
RépondreEffacerEn effet!
EffacerFinalement, vous ne regrettez pas l'expérience, bien au contraire. Cette incursion dans le Sahara demeurera gravée à jamais.
RépondreEffacerTrès beau texte!
Merci! Oui, le highlight jusqu'à maintenant!
Effacer...et photos sublimes💕
RépondreEffacerUn autre merci!!!
RépondreEffacerGervais doit avoir hâte de vous rejoindre.
RépondreEffacerQUEL BEAU VOYAGE LES AMIS!
Il est enfin avec nous!
RépondreEffacerEn effet un autre beau texte. Vous faites un voyage fantastique. Le mot est failble mais c'est celui qui me vient à l'esprit. Par ricochet nous voyageons avec vous. Les photos sont magnifiques. Merci merci merci Frédéric pour ce partage.
RépondreEffacerC'est tellement gentil!
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