Je me réveille en émoi après à peine deux heures de sommeil. Où suis-je ? Minuit, c'est un peu tôt pour commencer la journée non? Je me rendors assez rapidement pour me lever à 6h. Sitôt ma douche prise (débarbouillette sur la bouche pour ne pas avaler d'eau), je vais me balader sur le domaine de l'hôtel pour voir le soleil se lever sur la Mer Rouge.
Le déjeuner du Oberoi est copieux, mais nous sommes les seuls à en profiter à 7h du matin. À 7h30, nous patientons dans le lobby, le guide est en retard. Pas trop surpris, il faut le dire... Un nouveau guide, mais le même chauffeur qu'hier arrivent une quinzaine de minutes plus tard.
Trois heures et des poussières sur une route droite offrant un panorama constant de désert aride et rocailleux. Nous échangeons avec le guide qui s'avère surpris de notre choix de visiter les monastères coptes de la Mer Rouge au lieu de nous prélasser sur la plage. Lui même est Chrétien orthodoxe, il fait donc partie du petit 12% de non-musulmans en Égypte.
Les monastères de Saint-Antoine et de Saint-Paul sont les plus vieux d'Égypte, mais aussi les tout premiers monastères de la Chrétienté. "Copte" est simplement un terme pour désigner les chrétiens d'Égypte. À celui de Saint-Antoine, nous grimpons les 1200 marches de l'escalier menant à la grotte où le moine aurait passé les 40 dernières années de sa vie, à 300 mètres de hauteur dans la falaise. Le pauvre Saint-Antoine y montait encore à 105 ans raconte-t-on, il ne faut pas chercher plus loin le secret de sa longévité. L'exercice est récompensé par la visite d'une minuscule grotte à laquelle on accède par un couloir étroit qui contraint à se contorsionner pour passer. Nous visitons ensuite le monastère accompagné d'un moine qui nous fait découvrir la vieille chapelle de Saint-Antoine dont les peintures murales datent du 13e siècle. La visite se termine en dévorant des pains pita cuits sur place.
Les coptes ont des façons étonnantes de manifester leur foi. Dès qu'ils croisent un moine, ils se penchent et caressent sa main. Les rideaux de platisque qui protègent l'entrée des chapelles réservées aux moines deviennent des nids à germes tellement ils sont embrassés passionnément. Et que dire de l'idée de serrer un cercueil vide et de l'enlasser presque langoureusement? Notre guide est le premier à s'agenouiller pour se recueillir dès qu'il aperçoit un tapis, alors imaginez son visage quand nous refusons catégoriquement de goûter à l'eau de la source miraculeuse qui gît de la montagne depuis des milliers d'années.
À proximite, le monastère Saint-Paul remonte lui aussi au 4e siècle. Le moine qui nous fait la visite est ricaneux, et s'amuse à nous faire deviner l'utilité des vieux objets poussiéreux posés sur la table du réfectoire. Il nous raconte l'histoire de Saint-Paul dont le destin est intimement lié à celui de Saint-Antoine. Je résume. Saint-Paul, pour échapper aux persécutions faites aux chrétiens, fuit dans le désert et devient ermite. Il passera 80 ans dans une grotte sur laquelle le monastère est aujourd'hui construit. L'eau de la source, les dattes des palmiers et un corbeau qui vient tout les jours lui porter un demi-pain suffisent à sa pitance. Saint-Antoine, venu aussi vivre une vie d'ermite dans le désert, apprend en songe qu'il n'est pas le seul dans le coin. Il part à la recherche de Saint-Paul qu'il convainc d'ouvrir sa porte (de grotte?) à un étranger. Le corbeau vint ce jour-là porter à Saint-Paul un pain entier, et la chicane pogna sur qui devait le rompre! Leçon de l'histoire : toujours prévoir un pain supplémentaire, au cas où des invités débarquent. Surtout que Paul mourut cette journée-là et que, oh combien pratique, deux lions débarquèrent pour creuser la fosse, Antoine n'eut qu'à mettre Paul en terre, mais sans oublier de lui retirer son habit en feuilles de palmier qu'il pourrait porter lors des jours de fête.
Le retour s'effectue presque entièrement à la noirceur. Le chauffeur frise le 140 km/h pour réduire à 80 puis repartir de plus belle à 130 selon des règles obscures à nos esprits nord-américains. À deux barrages, il doit se garer sur le côté, montrer des papiers et parfois payer une amende pour une infraction que le guide ne semble pas vouloir nous révéler. Les chansons arabisantes au rythme endiablé se succèdent pour ne former qu'une seule pièce interminable, entrecoupée seulement des claquements de ses dents qui coupent une graine de tournesol. Les seules lumières sur la route sont les nôtres et celles des camions qui font office de lampadaires tellement ils sont illuminés.
Je ne boirais pas de ton eau...et je ne caresserais pas les mains des moines non plus!
RépondreEffacerMais une petite lichée de plastique, je dis pas non...
Reposez-vous les genoux ce soir!
Rapportez-moi une robe en feuilles de palmier!
RépondreEffacer2400 marches pour voir ces grottes, ça valait la peine?
RépondreEffacerTu vois la photo de l'intérieur, les icônes déposées sur l'autel illuminé par une bougie.
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